Je
- Lilia Hassaine
- Auteur francophone
- Drame
- Psychologie
- Roman
Le résumé
« — Que savez-vous de la beauté, Antoinette ?
Il se tourna vers moi, suspendu à ma réponse.
— Pas grand-chose. Mais je sais la reconnaître quand elle est là.
— Eh bien moi, chaque fois que je la vois, elle me blesse.
Quand je vois votre visage, par exemple, quelque chose en moi se trouve comme ébranlé. »
Île de la Jamaïque, 1831. Antoinette Cosway, créole de bonne famille, s’éprend d’Edward Rochester, un Anglais aussi impénétrable que fascinant. Mais à la séduction enflammée succèdent rapidement des scènes vénéneuses, où les baisers sont des blessures, où toute une société livre la jeune femme à son bourreau.
Des années plus tard, Antoinette tente de conquérir sa propre histoire.
JE se situe à mi-chemin entre roman victorien et thriller intimiste contemporain. Lilia Hassaine s’est inspirée du personnage de la première femme de Rochester dans Jane Eyre, le roman culte de Charlotte Brontë. Elle a choisi de lui donner une voix, un corps, une destinée.
La critique du Chat Botté
L’avis de Delphine :
Avec JE, Lilia Hassaine s’empare d’un personnage secondaire, Antoinette Cosway, la première épouse de Rochester dans Jane Eyre, et lui offre enfin une voix, une histoire et une existence propre.
J’ai été immédiatement séduite par la plume de l’autrice. L’écriture est belle, fluide, et l’on entre très facilement dans ce récit construit comme un journal intime. À travers les confidences d’Antoinette, on découvre une jeune femme créole qui rêve d’amour et de liberté, avant de se retrouver progressivement enfermée dans une relation dont elle ne mesure pas immédiatement la violence.
C’est, à mon sens, là que réside toute la force du roman. Lilia Hassaine décrit avec beaucoup de finesse le mécanisme de la manipulation et la lente destruction d’une femme. Elle montre comment l’emprise se met en place, presque imperceptiblement, comment le doute s’installe, comment les paroles et les comportements finissent par faire vaciller les certitudes. On assiste de l’intérieur à la manière dont une femme qui croyait aux promesses d’amour peut être progressivement dépouillée de sa confiance, de sa liberté et finalement d’elle-même.
J’ai trouvé particulièrement intéressant le travail autour du personnage d’Antoinette. L’autrice lui invente un passé, des rêves, des aspirations et une personnalité, tout en restant suffisamment fidèle au personnage imaginé par Charlotte Brontë pour que l’ensemble s’inscrive naturellement dans l’univers de Jane Eyre. Elle parvient ainsi à donner une nouvelle profondeur à une femme que le roman original avait largement condamnée au silence.
En revanche, je reste plus réservée sur la présentation du livre. Je n’ai pas vraiment retrouvé le « thriller intimiste contemporain » annoncé par la quatrième de couverture. Pour moi, il n’y a pas véritablement de thriller dans ce récit : la fin est connue et donc très prévisible. L’intérêt se situe ailleurs, dans la manière dont Lilia Hassaine nous fait assister à cette descente aux enfers et nous permet de comprendre, de l’intérieur, comment Rochester parvient à exercer son emprise.
Je ne parlerais pas non plus réellement de roman victorien, même si l’inspiration est évidemment très présente. J’y ai davantage vu un roman noir, psychologique et intimiste, qui revisite intelligemment un grand classique pour interroger la manipulation, l’emprise et la condition d’une femme enfermée dans les promesses d’un amour qui se transforme en cauchemar.
Un roman intéressant, très bien écrit, qui offre une nouvelle voix à un personnage fascinant. Et surtout, une belle réflexion sur la façon dont on peut faire sombrer une femme en lui faisant d’abord croire qu’elle est aimée.
parution le 20/08/2026
prix : 21 euro
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